vendredi 5 avril 2013

On a tout essayé


On a tout essayé

Interview, Luc Gwiazdzinski, Journal Sud Ouest, 27 octobre 2012




Il faut bien l'admettre : l'urbanisme passionne les Rochelais. Et pas seulement la gestion des crottes de chiens et des bordures de trottoirs. La ville a quasiment fait salle pleine, hier, au forum des Pertuis, pour le géographe Luc Gwiazdzinski venu traiter des « mutations urbaines » et de « la ville en mutation ».

Un thème de haute volée sur l'adaptation des espaces urbains, des transports aux nouveaux rythmes de vie. « Il faut avoir une approche chronotropique de la ville, utiliser la clé des temps », avance notamment le Grenoblois. En clair ? 18 % des salariés travaillent régulièrement, ou de temps en temps, la nuit. 54 %, le samedi et 28 %, le dimanche. Et pourtant, commerces, services, transports sont organisés comme si cette population n'existait pas.

En terme de déplacements, on ne peut plus seulement parler de domicile-travail : « Nous avons affaire à une mobilité zigzagante. On ne part pas de chez soi pour aller à son travail. On part de chez soi, on dépose ses enfants à l'école, on s'arrête prendre du pain… On n'est plus dans l'image de Doisneau avec les heures d'embauche et de débauche ».

Se loger, se distraire, travailler, se nourrir : toutes ces actions s'entrecroisent pour former un maillage espace-temps particulièrement complexe. « Et chaque habitant n'utilise, dans son trajet, que 1 % de la ville ».

Luc Gwiazdzinski a donc secoué le cocotier des certitudes sur l'urbanisme de demain. Même si La Rochelle ne s'est jamais vraiment reposée sur ses lauriers. En réinventant, sans cesse, une nouvelle organisation urbaine, elle n'a jamais su réfléchir à un « schéma de cohérence temporelle », tel que l'a défini le géographe en référence au Scot (Schéma de cohérence territoriale). La conférence d'hier devrait permettre aux élus d'élargir leur champ de vision.

Le sens du mandat d'élu
Le maire, Maxime Bono, qui a ouvert le débat, a rappelé les grandes étapes de la « révolution » puis « vélorution » rochelaise : les rues piétonnes, les vélos jaunes, etc. « On a tout essayé. Nous avons raflé tous les prix en matière d'innovations urbaines et nous avons encore, pourtant, beaucoup d'interrogations. » D'où l'idée d'inviter l'une des têtes pensantes de l'urbanisme.

Prévu le 22 septembre, lors de la vraie-fausse journée sans voiture, la conférence-débat avait dû être décalée en raison de l'indisponibilité de l'invité qui put délivrer quelques vérités aux élus. Comme le fait que les électeurs votent où ils dorment, rarement où ils vivent. Un constat qui devrait faire réfléchir les politiques sur le sens de leur mandat.

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